Entre 1940 et 1943, la Martinique vit sous l’autorité de l’amiral Robert, gouverneur fidèle au régime de Vichy. Répression, rationnements, surveillance, application des lois antisémites : cette période, restée dans les mémoires sous le nom de “an tan Robè”, marque profondément l’île.
Refuser Vichy
Face à ce régime autoritaire, des milliers de Martiniquais et de Guadeloupéens choisissent la Dissidence. Leur objectif : quitter clandestinement les Antilles françaises pour rejoindre les Forces Françaises Libres du général de Gaulle. Ce départ n’a rien d’un simple exil. C’est un acte politique, souvent préparé dans le secret, au péril de sa vie. Fort-de-France et le Sud sont alors étroitement contrôlés. La présence des troupes fidèles à Vichy, la surveillance policière et les enjeux stratégiques liés notamment à l’or de la Banque de France rendent les déplacements difficiles. Le Nord, plus rural, plus escarpé, plus ouvert sur la mer, devient un territoire clé de la clandestinité. Grand-Rivière, Macouba, Basse-Pointe ou encore Le Carbet s’imposent comme des points de départ stratégiques.
La mer comme passage
De nuit, les dissidents embarquent sur des gommiers, des yoles de pêche ou de simples embarcations artisanales. Il faut traverser les quelque 40 kilomètres qui séparent la Martinique de la Dominique ou de Sainte-Lucie, territoires britanniques restés alliés. La mer est agitée, les bateaux fragiles, les patrouilles de Vichy bien réelles. Beaucoup n’arriveront jamais à destination. Pour ceux qui atteignent les îles anglaises, le parcours se poursuit. Pris en charge par les autorités britanniques, les volontaires sont ensuite dirigés vers des camps d’entraînement, notamment aux États-Unis ou à Porto Rico. Plusieurs rejoignent le Bataillon des Antilles et combattent sur les fronts européens, notamment lors de la libération de la poche de Royan en 1945.
Le courage en héritage
La multiplication des départs, la solidarité populaire et la pression internationale affaiblissent progressivement le régime de l’amiral Robert. En juillet 1943, la Martinique rallie officiellement la France Libre. Dans cette histoire, le Nord occupe une place particulière. Ses reliefs, ses anses, ses bourgs tournés vers le large ont servi de points d’appui à une résistance discrète mais décisive. La Dissidence reste aujourd’hui l’un des grands actes de courage collectif du peuple martiniquais.
Merci à Mélody Moutamalle, médiatrice historique et culturelle, pour son éclairage précieux sur ce pan de notre histoire.
Marie Ozier-Lafontaine

