Le Galion, la dernière usine sucrière de Martinique 

Juil 1, 2026 | Beliya, Culture, Histoire, Patrimoine, Rhum, Tourisme, Tourisme au Péyi Nord Martinique

À La Trinité, la Sucrerie Le Galion occupe une place singulière dans le paysage martiniquais. Dernière usine sucrière encore en activité sur l’île, elle raconte à elle seule trois siècles d’histoire : celle de la canne, de l’industrialisation, des travailleurs engagés indiens et d’une filière maintenue malgré le déclin du sucre.  

De l’habitation à l’usine centrale 

Avant de devenir une usine, Le Galion est d’abord un domaine agricole. Dès le XVIIIe siècle, le site fonctionne comme une habitation-sucrerie, inscrit dans cette économie de la canne qui structure alors une grande partie de la Martinique. Le tournant intervient au XIXe siècle. En 1849, juste après l’abolition de l’esclavage, le domaine est racheté par Eugène Eustache, négociant originaire d’Anvers. Avec l’ingénieur Émile Bougenot, il engage une transformation majeure. En 1863, Le Galion devient une usine centrale moderne à vapeur, l’une des plus avancées de son temps. La logique change : la production est centralisée, les habitations voisines en difficulté sont rachetées, et la canne converge vers un même outil industriel. 

Un temple indien au cœur du site 

Le Galion porte aussi une autre histoire, moins connue mais essentielle. À la fin du XIXe siècle, l’usine emploie près de 300 travailleurs engagés venus d’Inde, notamment de Pondichéry et de Chandernagor. En 1895, une sécheresse menace les récoltes. Après des prières rituelles, la pluie revient. En signe de reconnaissance, Émile Bougenot offre une citerne, sur laquelle les travailleurs construisent un temple hindou. Toujours actif aujourd’hui, ce temple constitue un repère rare dans le paysage martiniquais. Il rappelle la place des descendants d’engagés indiens dans l’histoire agricole de l’île, mais aussi la manière dont les lieux de travail ont parfois conservé des traces fortes de spiritualité, de résistance et de transmission. 

Une production toujours en activité   

Au XXe siècle, l’économie sucrière recule. Les usines ferment les unes après les autres. Le Galion, lui, survit grâce à de lourds investissements et à une volonté politique de préserver une production locale. En 1981, il devient une Société d’Économie Mixte, majoritairement détenue par la Région. Aujourd’hui, Le Galion reste un site à part. Il produit du sucre blanc et brun, mais aussi le rhum Grand Arôme, un rhum de mélasse très aromatique, recherché en gastronomie et en parfumerie. Le Galion n’a pas dit son dernier mot.

 

Merci à Mélody Moutamalle, médiatrice historique et culturelle, pour son éclairage précieux sur l’histoire du Galion.

Marie Ozier-Lafontaine

Aller au contenu principal