Louisa Mariello et Luce Lemaistre, deux pionnières 

Avr 2, 2026 | Beliya, Culture, Histoire, Patrimoine, Tourisme au Péyi Nord Martinique

Bien avant que la présence des femmes en politique ne devienne une évidence, la Martinique a vu émerger deux figures majeures. À Macouba puis au Morne-Vert, Louisa Mariello et Luce Lemaistre ont ouvert la voie, chacune à sa manière, dans une histoire encore trop peu racontée. Mélody Moutamalle, médiatrice historique et culturelle, lève le voile sur ces deux parcours exemplaires. 

Une première sous Vichy 

En 1941, alors que les femmes n’ont pas encore le droit de vote en France, Louisa Mariello entre dans l’histoire. À Macouba, cette femme issue d’un milieu notable est nommée maire par le gouverneur, dans le contexte particulier du régime de Vichy et de l’administration de l’amiral Robert. Son mandat, de 1941 à 1943, ne passe pas par les urnes, mais il marque une rupture symbolique forte : pour la première fois, une femme porte l’écharpe tricolore en Martinique. Longtemps restée dans l’ombre, sa trajectoire a été remise en lumière grâce aux recherches menées par des étudiants de l’Université des Antilles autour des archives territoriales, sous l’encadrement de l’historienne et maîtresse de conférence Monique Milia-Marie-Luce.  

Une femme discrète 

Louisa Mariello n’a pas laissé derrière elle une grande carrière politique. Les récits la décrivent plutôt comme une femme discrète, cultivée, et suffisamment instruite pour se distinguer dans le Macouba de l’époque. C’est aussi ce contraste qui frappe aujourd’hui : une pionnière, tombée dans l’anonymat. Comme si l’histoire avait tardé à lui rendre sa place. 

Le temps du suffrage 

Quelques années plus tard, une autre femme va franchir un nouveau cap. Institutrice, engagée dans la vie locale, Luce Lemaistre est élue en 1949 à la tête de la toute nouvelle commune du Morne-Vert. Cette fois, il ne s’agit plus d’une nomination, mais bien du suffrage universel, quelques années seulement après l’obtention du droit de vote et d’éligibilité des femmes en 1944. Elle devient ainsi la première femme maire élue de Martinique. Son mandat est bref : les élections sont invalidées en 1951. Mais l’essentiel est ailleurs. Une porte vient de s’ouvrir.

Deux dates, un héritage 

L’une a inauguré une fonction dans un contexte contraint. L’autre a incarné l’entrée des femmes dans la démocratie municipale locale. Entre Louisa Mariello et Luce Lemaistre, il y a deux moments, deux statuts, mais une même avancée : celle de femmes qui ont pris place là où on ne les attendait pas. Aujourd’hui encore, leurs noms rappellent que l’histoire politique martiniquaise s’est aussi écrite au féminin. 

Marie Ozier-Lafontaine

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