À Fonds-Saint-Denis, l’Observatoire du Morne des Cadets rappelle que la surveillance de la Montagne Pelée est aussi une histoire patrimoniale. Né du risque volcanique, ce bâtiment scientifique pose aujourd’hui un enjeu de conservation.
Un bâtiment né de la catastrophe
L’histoire commence après l’éruption du 8 mai 1902. À l’instigation d’Alfred Lacroix, un premier observatoire est installé face au volcan. Après la période éruptive de 1929-1932, la surveillance doit se renforcer. Un nouveau bâtiment est construit en 1935 sur le Morne Moustin, à Fonds-Saint-Denis, et conserve le nom de Morne des Cadets. Son emplacement est stratégique. Depuis ces hauteurs, l’observatoire fait face au volcan, et offre un point de vue unique sur la Pelée.
Un outil devenu monument historique
Pendant des décennies, le site accompagne la surveillance volcanologique et sismologique de la Martinique. En 1946, cette mission est confiée à l’Institut de physique du globe de Paris. L’observatoire suit l’activité de la Pelée, la sismicité locale et régionale, les déformations du volcan, les sources thermales et les risques de lahars, ces coulées de boue volcaniques formées par le mélange d’eau, de cendres et de matériaux instables. Le bâtiment conserve aussi un témoin rare de l’histoire de la sismologie : le sismographe monumental Quervain-Piccard. En 2012, l’observatoire et son sismographe sont inscrits au titre des monuments historiques, reconnaissance de leur valeur historique, technique et architecturale.
Un site fragile à préserver
La fragilité du Morne des Cadets tient à son âge, à son environnement et à l’évolution des normes. Bâti dans les années 1930, il a dû composer avec l’humidité, les cyclones, la végétation et la sismicité. Ne répondant plus aux exigences parasismiques ni aux besoins techniques actuels, il est remplacé en 2019 par un nouveau bâtiment à Saint-Pierre, dans lequel s’installe l’Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique – Institut de physique du globe de Paris (OVSM-IPGP). Reste l’enjeu patrimonial. Préserver le site du Morne des Cadets, c’est conserver un bâtiment, un instrument scientifique et une vue extraordinaire sur la Pelée. C’est aussi transmettre une culture du risque : rappeler que ce territoire se comprend en observant ses paysages, ses failles et ses mémoires.
Marie Ozier-Lafontaine

