À Sainte-Marie, le Morne-des-Esses n’est pas un simple quartier perché dans les terres. Par son étendue, ses quartiers, ses commerces, ses écoles, son église et ses traditions, il fonctionne presque comme une petite ville dans la ville. Un quartier à découvrir lors de la prochaine randonnée nocturne proposée par l’Office de Tourisme du Nord le vendredi 18 septembre.
Un quartier construit par ses habitants
L’origine du nom Morne-des-Esses reste discutée. Plusieurs hypothèses circulent, dont celle d’une famille Des Esses, originaire de Saint-Pierre, qui aurait marqué l’histoire du secteur. Ce qui est plus sûr, c’est que le quartier s’est développé comme un espace de vie important, composé de nombreux sous-quartiers : Spoutourne, Saint-Laurent, Félix, Rivière-Canari, Chertine, Rue Mulâtre, Saint-Aroman ou encore Bon-Air. Très tôt, la question des équipements se pose. Une école y est créée dès la fin du XIXe siècle, avant l’agrandissement d’une école mixte dans les années 1930. La paroisse Saint-Paul de Tarse voit le jour en 1932. L’église, dont la première pierre est posée en 1933, est construite grâce à une forte mobilisation des habitants, qui transportent matériaux et planches à pied ou à dos de mulets. Ici, le patrimoine bâti raconte autant la foi que l’effort collectif.
La vannerie, signature du Morne-des-Esses
Le Morne-des-Esses est surtout connu pour sa vannerie. À Spoutourne, le centre de vannerie caraïbe perpétue un savoir-faire hérité des peuples amérindiens, autour de l’aroman et du cachibou. Créée en 1967 sous forme de coopérative, la structure a compté jusqu’à plus d’une soixantaine d’artisans. Paniers, objets tressés, gestes précis : cette pratique témoigne de la continuité d’un patrimoine immatériel encore vivant. Le quartier porte aussi les traces d’un monde artisanal et agricole dense. Maréchaux-ferrants, selliers, boulangers, bouchers, potiers, distilleries : le Morne-des-Esses fut longtemps un espace de travail, d’échanges et de production. Le calvaire, le cimetière, l’église et les anciens chemins complètent ce paysage de mémoire.
Marcher pour mieux comprendre
La randonnée nocturne permet de redécouvrir ce territoire. À la tombée du jour, les repères changent : les sons prennent plus de place, les chemins se révèlent sous un autre regard, les lieux racontent une autre histoire. Le Morne-des-Esses rappelle une évidence : certains patrimoines ne se comprennent vraiment qu’en les parcourant.
Marie Ozier-Lafontaine

